100% d’électricité renouvelable en France, utopique ?

 

Quatorze mois, c’est  la durée qu’il a fallu à l’ADEME pour réaliser une étude dévoilant un scénario où 100% de l’énergie électrique française serait d’origine renouvelable d’ici 2050. Initialement prévue les 14 et 15 Avril derniers, la présentation officielle de ce document a finalement été déprogrammée, l’agence expliquant qu’il n’était pas finalisé et qu’il serait rendu public dans les prochains mois.

L’étude a néanmoins été dévoilée par Mediapart le 8 Avril, provoquant débats et remous à l’heure où l’assemblée examinera le 19 Mai en nouvelle lecture le projet de loi de programmation sur la transition énergétique (prévoyant un mix composé à 50% de nucléaire et 40% de renouvelable).

Une méthodologie scientifiquement robuste

 

Premier constat, la méthodologie utilisée par l’Agence pour réaliser cette étude est unanimement reconnue. L’étude de 120 pages a été établie en concertation avec le ministère de l’écologie et a fait l’objet d’une revue par les pairs dans le cadre d’un comité scientifique composé de l’Etat, d’entreprises (GDF, EDF), de collectivités locales, d’experts (NégaWatt, Hespul) et d’ONG (Greenpeace). L’ADEME a également pu compter sur RTE (Réseau de Transport de l’Electricité) pour simuler en temps réel l’équilibre entre l’offre et la demande et s’assurer que le réseau fournirait de l’électricité à toute heure.

Concernant les hypothèses retenues, elles s’annoncent ambitieuses sans être trop optimistes ni pessimistes. Le mix intégré dans l’étude est composé à 63% d’éolien terrestre et maritime, 17% de solaire, 13% d’hydraulique et 7% de thermique renouvelable. Cela supposerait de multiplier par 15 la capacité éolienne terrestre actuelle, ce qui ne semble pas irréaliste.

Une facture en hausse

 

Au-delà de ces hypothèses, ce sont bien les résultats de l’étude qui monopolisent toutes les attentions car pour la première fois, l’ADEME a réalisé l’inventaire du potentiel d’énergies renouvelables en France, largement capable de répondre aux besoins électriques de l’hexagone à des coûts comparables à ceux du maintien du parc nucléaire. Bien que cela se traduirait par une hausse de la facture énergétique pour le consommateur (de 91€ le MWh actuellement à 100-120€) ce coût serait quasiment identique à celui du modèle prévu dans le projet de loi (100 à 120€/MWh pour un EPR à 133€/MWh pour le nucléaire ancien rénové). En effet le maintien du parc nucléaire sera très coûteux ; entre 2019 et 2025, la moitié du parc nucléaire français aura atteint sa durée de vie théorique de fonctionnement, à savoir 40 ans. A terme, ils devront être remplacés par des réacteurs type EPR dont les coûts de construction et les normes de sécurité exigées ne cessent d’augmenter.

Néanmoins la limite du scénario concerne la capacité à stocker l’électricité en quantité suffisamment importante pour lisser l’intermittence des énergies renouvelables. Plusieurs défis devront donc  être relevés pour que se scénario puisse se concrétiser mais l’étude a le mérite d’ouvrir le débat sur sa faisabilité et le potentiel « renouvelable » qui ne peut plus être ignoré, malgré la position de Ségolène Royal défavorable à toutes stratégies sans atomes.

A l’aube de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 à Paris (COP21), cette étude rappelle que l’électricité renouvelable représente une solution face aux dérèglements climatiques.

Le lien vers le rapport de l’ADEME.

Publié par Alexandre Francin