Empreinte carbone 2010
novembre 26, 2015 Carbone Pas de commentaire

Deux notions distinctes : Empreinte carbone et inventaire national

 

En vigueur depuis Février 2005, le protocole de Kyoto est un traité international ayant pour objectif de réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). Au niveau national, l’objectif était de stabiliser les émissions entre 2008 et 2012, 1990 étant l’année de référence. Ce traité, ainsi que la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUC), fixent le périmètre géographique (métropole, outre-mer) et méthodologique (émissions liées à la production sur le territoire concerné) des inventaires nationaux des émissions de GES. Depuis 2007, la France remet annuellement aux Nations Unies un bilan des émissions de GES sur son territoire.

Contrairement aux inventaires nationaux qui quantifient les émissions générées par la production de produits ou services, l’empreinte carbone est une méthodologie sensiblement différente qui évalue les émissions associées à la consommation sur le territoire. Ces deux approches complémentaires permettent de mettre en exergue les importations et exportations d’un territoire, et donc d’attribuer l’impact carbone du bien ou service produit au pays qui le consomme.

En 2012, les résultats des deux méthodologies confirmaient le balance commerciale de 2012, à savoir que la France importe plus qu’elle n’exporte. Il est donc cohérent que l’empreinte carbone soit supérieure aux résultats de l’inventaire national.

Comparaison Empreinte Carbone - Inventaire 2012

Emissions de GES en 2012 (Source : statistiques.developpement-durable.gouv)

Un bilan remis en cause ?

 

Sur la période concernée, la France est allé au delà de ses objectifs puisque ses émissions globales au protocole de Kyoto ont atteint 460 Mt CO2 eq., soit une baisse de l’ordre de 15% par rapport à 1990 (541 Mt CO2 eq.). Cette évolution à la baisse semble cohérente au regard de l’ensemble des mesures d’atténuation prises, notamment l’amélioration des procédés industriels, l’efficacité énergétique des bâtiments ou le recours aux énergies renouvelables. La désindustrialisation massive à laquelle la France est confrontée depuis une vingtaine d’années explique également cette réduction puisque, selon la méthodologie, les émissions relatives à ces industries ne sont plus comptabilisées étant hors du territoire.

Selon l’approche de l’empreinte carbone, le constat est sensiblement différent puisque le bilan a augmenté de 2% depuis 1990, passant de 659 Mt CO2 eq. en 1990 à 671 Mt CO2 eq. en 2012.  Ramenée au nombre d’habitant, l’empreinte carbone a augmenté de 13% par rapport à 1990 (9,3 t CO2 eq /habitant), essentiellement lié à l’accroissement de la demande intérieure. En effet de 1990 à 2007, la demande intérieure totale s’est accrue de 39 % en volume et la demande par personne de 28 % (selon le Commissariat général au développement durable ),  une part croissante de cette demande étant satisfaite à l’aide d’importations . Celles-ci ayant augmenté de 136 % en volume au cours de cette période, dû notamment à une baisse des coûts unitaires dans un contexte de mondialisation, il est cohérent que l’empreinte carbone suive une tendance similaire. De plus l’empreinte carbone d’un produit importé peu parfois présenter un bilan plus défavorable qu’un produit fabriqué en France, dont le mix énergétique est plutôt « décarboné », le cadre réglementaire plus stricte (notamment d’un point de vue environnementale)  et le contexte technique plus avancé.

Cette complémentarité entre les deux approches permet ainsi de relativiser le bilan plutôt favorable de l’inventaire national entre 2008 et 2012. En effet, bien que cette approche soit pertinente pour quantifier les émissions relatives à la production de biens et services sur un territoire, elle n’est pas en mesure de retranscrire la consommation finale d’une population et son activité, pourtant indispensable pour intégrer les émissions induites d’un territoire qui ne consomme pas uniquement ce qu’il produit.

Publié par Alexandre Francin